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Cryptomonnaie: vers la fin du western?

Par Fabien Aufrechter
Cryptomonnaie: vers la fin du western? 101

Parfois, l’histoire se répète insensiblement. Alors souvenez-vous du temps de la ruée vers l’or. Ces familles désespérées ou simplement pleines de rêves et d’espoir que Steinbeck racontait dans les Raisins de la colère ou que Blaise Cendrars décrivait dans L’Or. C’était le temps des diligences protégées des attaques de bandits par les cow-boys, ceux-là même des westerns de votre enfance. Un temps également d’innovation : déjà les diligences cédaient place aux chemins de fer. Mais invention pour invention : c’est alors le temps des arbres sur les voies qui annonçaient les attaques de trains.

L’histoire de la ruée vers l’or et des westerns, est celle des débuts de l’Amérique. C’est également celle d’une nouvelle ère et pour ainsi dire du capitalisme moderne. Un tournant historique à la hauteur de la révolution pourtant bien plus imperceptible que nous sommes en train de vivre.

Bitcoin ou la création du nouveau western

La création des cryptomonnaies est au temps présent ce que fut la découverte d’or en Californie : le lancement d’une conquête avec ses rêveurs, ses bâtisseurs, ses victimes, ses voleurs, ses shérifs. Bien sûr, acheter des cryptomonnaies reste bien plus facile que de trouver de l’or. Mais les deux valeurs posent le même problème : comment protéger son or, comment protéger ses cryptomonnaies ?

Comme les diligences, les wallets logiciels furent l’objet de nombreux hackings. A tel point que seuls les insensés continuent à les utiliser. Les communautés de développeurs et les experts préférant se tourner vers des hardware wallets (Ledger, Trezor, etc). Mais à l’image des premiers chemins de fers, ces systèmes restent longs, effrayants, dissuasifs et peu souples avec des risques d’erreurs très importants et avec des incidents, pour ainsi dire, monnaie courante.

Des Westerns aux « Trustech », comment créer la confiance ?

Qu’est-ce qui mis fin au temps des Westerns ? Pas vraiment l’industrialisation mais le fait qu’entre 1860 et 1900, 14 millions d'immigrants arrivent aux États-Unis, fuyant l'Europe en raison des mauvaises conditions économiques et sociales, des troubles politiques et des persécutions religieuses. De la même manière, c’est un facteur exogène et macro-économique qui vient rebattre les cartes du secteur des cryptomonnaies : la crise sanitaire du coronavirus et ses impacts économico-financiers. La lente normalisation du secteur marquée par l’arrivée en son sein d’acteurs traditionnels (fonds tokénisés, corporate développant des solutions intégrant des cryptomonnaies classiques, etc) se voit accélérée d’un seul coup par une appétence pour l’innovation, la recherche de nouveaux actifs moins volatiles que ne le sont les actions financières en temps de crise et la recherche d’une décorrélation à la situation géopolitique mondiale (qui paradoxalement influe alors en rebond).

Qu’est-ce qui scellera la normalisation des technologies blockchain et les adoubera vraiment en tant que « Trustech », autrement dit des technologies de la confiance ? Une invention dont nous connaissons déjà le nom. En 1900, c’est l’invention et la diffusion du téléphone qui ouvrit le XXème siècle et tourna la page des cow-boys. Dans quelques années ou quelques mois (la crise que nous vivons jouant un rôle d’accélérateur), c’est la bancarisation des cryptomonnaies qui ouvrira une nouvelle page pour l’économie mondiale. Le mouvement est inéluctable pour éviter la reprise en main de bout-en-bout de la monnaie par les banques centrales (et donc par les États). Ce mouvement signera alors d’une certaine manière la fin de l’histoire pour les cryptomonnaies qui deviendront le nouveau visage des monnaies. Un joli pied de nez à l’histoire lorsqu’on se rappelle les origines anarchistes et anti-banques de la première cryptomonnaies : Bitcoin. Et une répétition de l’Histoire de l’or à l’or numérique que sont les actifs digitaux, demain conservés côte-à-côte dans les coffres mystérieux de nos institutions bancaires.

Ce texte est signé par Fabien Aufrechter, Head of Havas Blockchain et ne reflète pas nécessairement l'opinion de Cryptonews.

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