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Interview de la semaine : Le fonds Cathay dévoile ses ambitions pour le Web3 en 2024

Yann-Olivier Bricombert
| 6 min de lecture


Avec 2,5 milliards de dollars sous gestion et plus de 100 investissements réalisés depuis sa création en 2015, Cathay Innovation est l’un des plus gros fonds VC en Europe spécialisés dans la tech.

Cathay, le fonds VC français qui investit un milliard dans le web3


Son dernier fonds lancé en juillet 2022, “Innovation III”, a bouclé 1 milliard de dollars pour le financement de startups, malgré des conditions de marché difficiles. En janvier, les équipes de Denis Barrier, CEO et cofondateur de Cathay Innovation, ont mené la levée de 50 millions de dollars de Flowdesk, le market maker français de la crypto, aux côtés d’autres investisseurs tels que Cathay Ledger Fund, Eurazeo, ISAI, Speedinvest, BPI et Ripple. C’est l’interview de la semaine.

MingPo Cai, fondateur, président et CEO de Cathay Capital, et Denis Barrier, CEO et cofondateur de Cathay Innovation.

Quelle est la mission de Cathay en matière d’investissement dans les startups ?

C’est un fonds de venture capital (VC) créé il y a huit ans dans le but d’investir dans la tech, et de permettre aux fondateurs de startups digitales de réussir à se développer avec plus de connexions, en leur offrant le meilleur écosystème possible.

Notre dernier fonds, Innovation III, dimensionné à 1 milliard de dollars, investit dans quatre verticales qui sont “FinTech & Web3”, “Digital Health”, “Consumer Tech & Retail”, et “Energie et mobilité”. Nous avons une plateforme globale qui couvre les États-Unis, l’Europe, la Chine et l’Asie du Sud-Est, avec des bureaux dans chacune de ces régions, afin de permettre aux fondateurs non seulement de trouver des aides au développement, mais aussi de créer des liens dans les différents pays et rester informés des dernières tendances.

Notre autre caractéristique, c’est d’avoir la présence de corporate : la moitié du CAC40 investit dans nos fonds. Nous avons créé une vraie collaboration avec ces grandes entreprises, de façon à partager les tendances, à anticiper, pour au final mieux travailler avec les startups.

Comment le fonds a-t-il décidé de se spécialiser dans le web3 ?

La société de gestion a ses racines à Paris, et dans ce cadre, nous aidons les sociétés de la French Tech à se développer à l’international. Nous sommes actionnaires de Ledger depuis le démarrage. Derrière les cryptos, ce ne sont pas que les monnaies comme le Bitcoin ou Ethereum, mais toute la tokenisation du monde des différents actifs qui arrive.

Nous étions mal à l’aise à l’idée de créer un simple fonds crypto, car nous pensions qu’il y avait plus à faire. Nous sommes prudents avec l’argent qui nous est confié, surtout au niveau de la sécurité. Nous avons donc eu l’idée de créer ce fonds Cathay Ledger, où nous avons le mandat de gestion en tant qu’investisseurs, et faisons participer Ledger pour apporter du dealflow et produire de l’expertise (analyse technique, des protocoles et de la sécurité).

Combien de projets ont été financés depuis la création du fonds Cathay Ledger ?

Le fonds a été créé il y a un peu plus d’un an. Nous avons des projets qui n’ont pas encore été annoncés. Mais nous avons mené le tour de table de 50 millions de dollars de Flowdesk, qui est leader dans le market making des tokens. Nous allons annoncer d’autres projets prochainement.

Depuis la fin de l’année dernière, nous sommes également le seul fonds français à avoir un agrément qui nous permet de proposer de manière effective des investissements en tokens. Nous sommes en train d’examiner différents projets qui donneront lieu à des investissements d’ici l’été.

Quels sont les points communs des projets financés par le fonds Cathay Ledger ?

Nous recherchons des plateformes qui ont déjà une certaine traction, et un succès. La solution doit plaire à une communauté, il peut y avoir du revenu ou pas. Ce qui est en train de se passer sur le marché des cryptos est intéressant. La finance décentralisée (DeFi) est en train de trouver ses marques sur un équivalent des marchés financiers.

Il y a trois ans, certains considéraient que la finance décentralisée allait remplacer la finance normale. Nous considérions que c’était une idée assez simpliste. En observant ce qui se passait l’année dernière, on se disait que la vague se retirait et que les régulateurs mettaient en place les conditions pour permettre l’entrée des institutions dans la finance décentralisée. Un peu comme au début des années 1980, avec les marchés financiers.

Qu’est-ce que l’approbation des ETF Bitcoin a changé ?

En réalité, l’approbation des ETF de ces grandes institutions par la SEC (Securities and Exchange Commission) ne concerne pas que Bitcoin. Les personnes vont pouvoir investir dans un ensemble de tokens qui rendent une vraie valeur économique par le service, alors que Bitcoin a une valeur de stockage. Certains jetons permettent à une activité de certification et de transaction de se faire à moindre coût. Il peut y avoir une industrie qui se crée autour, des actifs qui peuvent être tokenisés de façon plus sûre et avec moins de frais. On peut imaginer des produits financiers différents : la finance décentralisée peut permettre à la finance centralisée de franchir l’étape d’après, dans sa capacité à être imaginative, à servir mieux ses clients, et cela, avec moins de friction.

Quels sont les secteurs à suivre en 2024 ?

Tout ce qui tourne autour de la finance de marché et de la gestion d’actifs, qui ont commencé leur mue. Cela va peut-être prendre 10 ans. Pour tokeniser son fonctionnement, la finance aura besoin de logiciels, de plateformes, d’acteurs et de tokens. À partir du moment où la SEC a donné le kick-off, un certain nombre de sociétés peuvent créer des pelles et des pioches qui vont permettre d’aller plus loin.

L’autre domaine que nous regardons avec attention, c’est celui de la sécurité et de la certification. Le sous-jacent, c’est la blockchain, qui sert à certifier de façon décentralisée, à échanger et à fixer des règles communes dans la communauté. Dans la logistique, dans le luxe, c’est déjà en train de se développer, et demain tout aura son double numérique en token.

Avez-vous constaté une évolution dans le type de projets web3 qui frappent à votre porte ?

On s’aperçoit que les projets sont plus raisonnables. Pendant un certain temps, comme le sujet démarrait, certains fondateurs pensaient que le monde allait changer de manière très brutale. Forts de cette certitude, ils faisaient des raccourcis de façon un peu rapide, avec des plans de développement très optimistes, et une façon de faire qui ne prenait pas en compte l’existant.

Chez Cathay, nous pensons qu’il ne s’agit pas de disrupter tout le monde, mais d’améliorer ce qui existe grâce à la technologie, et à la fin, ça change tout. Les projets d’aujourd’hui sont toujours aussi ambitieux, mais sont un peu plus raisonnables au niveau du timing, de leurs revendications en terme de valorisation.

Au moment où tout le monde se précipitait pour ne pas manquer la vague, on considérait que c’était un peu tôt pour investir. Aujourd’hui, l’heure est venue de faire des choix judicieux, après cinq ans d’expérience dans le domaine, et à la lumière des signes des autorités de marchés, comme la SEC, qui montrent la direction.

Quels conseils donneriez-vous à un fondateur ou une fondatrice qui viendrait vous voir pour son projet dans le web3 ?

Ambition et modestie. On peut croire qu’on réinvente la roue et que les gens avant soi n’avaient rien compris, mais souvent, on peut tirer beaucoup d’expérience dans ce qui s’est passé avant.


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