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Jean-Claude Trichet, pour un nouvel ordre monétaire… comme Nakamoto?

Par Sébastien Gouspillou
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Échange entre S. Gouspillou et J. De Larosière

Au sein de la cryptosphère, on sait que Jean-ClaudeTrichet, ancien président de la BCE, a tenu des propos négatifs au sujet de Bitcoin. Dans un article du Monde en Octobre 2016 « La blockchain est une invention géniale » , il accorde à Nakamoto du génie, mais refuse à Bitcoin le statut de monnaie, démontrant ainsi qu’il n’a pas compris ce qui est génial dans cette « invention ». Il confirme ses propos un an après, dans Le Temps « Nous sommes plus vulnérables qu’en 2008 ».

Dans ces deux articles, il évoque Bitcoin en passant, certes, mais il critique surtout les dysfonctionnements du système financier et met en cause l’excès de dettes « nos systèmes fiscaux et juridiques privilégient la plupart du temps de façon dangereuse la dette ». En effet, la cryptosphère le sait moins, mais M. Trichet, inoxydable pilier du système monétaire et financier est aussi un de ses critiques les plus sévères. Retour en arrière : Le 02 mars 2015, je suis convié à la Séance exceptionnelle de l'Académie des Sciences Morales et Politiques à l'Institut de France à Paris, organisée sur la thématique « Recréer un système monétaire international - Un futur objectif des Nations Unies pour le développement durable ? ». Elle vise à « attirer l'attention de la communauté internationale sur la nécessité de refonder un système monétaire international. »

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Séance exceptionnelle de l'Académie des Sciences Morales et Politiques à l'Institut de France à Paris

Apparemment, Jean-Claude Trichet, Jacques de La Rosière ou encore Michel Pebereau, les speakers de l’évènement, voient la nécessité non pas d’améliorer le système actuel, mais de le refonder ; repartir de zéro. Changer de paradigme. Disrupter la pyramide monétaire. Je suis extrêmement curieux de les écouter : va-t-on entendre ici que ce système de monnaie dette avec intérêt conduit insidieusement à la concentration des richesses ? Vont-ils évoquer un système supranational à émission monétaire programmée ?

J’assiste en fait au mea culpa de trois illustres dirigeants de la finance mondiale, sur la conduite chaotique d’un système perverti, la critique de Jean-Claude Trichet étant la plus sévère : « la généralisation d’un sentiment de confiance, fondé sur des théories erronées (comme l’hypothèse de l’efficience du marché), qui a conduit tous les acteurs du secteur financier (y compris les banquiers centraux) à adopter une attitude nonchalante » … « Ce système souffre de nombreux défauts dont les plus patents sont son déséquilibre et son asymétrie. Ainsi la monnaie, qui sert de facto de référence (le dollar), reste volatile et est émise par une administration qui mène une politique monétaire souvent en contradiction avec sa fonction de fournisseur des liquidités mondiales, favorisant par-là la constitution de dangereuses bulles monétaires. »

Donc, il faut tout refaire, en changeant les bases et les pratiques, nos trois spécialistes en conviennent, ce qui peut surprendre autant que ravir. Bon, tout changer ok, mais comment s’y prendre ? Pebereau, très banquier, évoque une régulation mal adaptée, trop contraignante, qu’il faut revoir; Larosière, clairvoyant et nostalgique de l’étalon or affirme qu’« Il faudrait que les États cessent de concevoir la création de monnaie [comme] un outil de croissance ». Jean-Claude Trichet, lui, a une vision, mais désabusée : « il serait souhaitable de recréer une monnaie de réserve internationale, émise par une institution indépendante ; mais cette solution exigerait un improbable accord politique. » Donc, on sait quoi faire, inscrire la destruction et la reconstruction du système dans les objectifs de l’ONU pour le développement durable, mais on n’y croit pas trop...

Pourquoi « recréer le système monétaire » irait dans le sens du développement durable, au fait ? Je posais la question aux intervenants, et chacun me fit une réponse que je résumerais, fidèlement j’espère, ainsi : « Le système monétaire mondial (avec ses monnaies flottantes n’ayant pour étalon que le dollar, qui, intrinsèquement, ne peut en avoir les attributs) est inévitablement générateur de crises, ce qui est antinomique au développement durable ; point de développement durable sans finance durable ». Voilà qui est clair : on peut bien flipper devant le thermomètre, tant qu’on aura ce système monétaire là, on ne pourra espérer ne serait-ce qu’une politique de développement durable, alors de là à freiner le réchauffement climatique…

Je préparais ma deuxième question, « et si cette monnaie de réserve, cet étalon que vous appelez de vos vœux existait déjà...?». Je ne pus la poser, la séance s’achevant sur les réponses à ma question précédente. J’ai le regret depuis, de n’avoir pu aller au bout de mon idée : Puisque Monsieur Trichet semblait convaincu qu’un consensus politique nécessaire à la création d’un nouvel étalon était illusoire, avait-il jamais entendu parler de Bitcoin, fruit d’un consensus informatique ? Monnaie de réserve ?

L’année suivante, il refusait d’autorité à Bitcoin le statut de monnaie ; Nos technocrates pouvaient reconnaitre la déficience du système, ce qui en soit était une petite révolution, mais il leur était encore impossible d’imaginer qu’une solution puisse émerger sans eux. Impossible d’envisager qu’un protocole, même génial, puisse être proposé et testé par la société civile, sans la signature magique, quasi divine, d’un banquier central. Révolution monétaire, d’accord, mais sous l’égide royale des autorités compétentes, sinon ça ne vaut pas.

Quatre ans après cette séance de 2015, la refonte voulue par M. Trichet ne s‘est pas faite, la monnaie de réserve supranationale n’a pas été créée, le Quantitative Easing dénoncé ne s’est pas tari, on imagine même sérieusement rendre possible une politique de taux très négatifs. L’urgence d’une refonte du système monétaire avec un nouvel étalon reste un sujet inconnu du grand public, absent de la scène politique et du grand débat national, quand ce devrait être LE sujet d’un grand débat international. Car on peut bien craindre la fin du monde comme les fins de mois, on a appris de Jean-Claude Trichet et consorts que tant que l’on ne changera pas de système monétaire, on ne changera pas la donne.

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Échange entre S. Gouspillou et J. De Larosière

Dans le même temps, Bitcoin que M. Trichet évacuait d’un revers de main, a fêté ses 10 ans. Il est devenu beaucoup plus visible, son cours a progressé de 1300%, il a connu des progrès techniques considérables et la théorie d’un Bitcoin étalon a été magistralement exposée par Saifedean Ammous dans « The Bitcoin Standard ».

Il est indéniable que l’initiative de Satoshi a eu plus de succès que celle de Jean Claude. En proposant une solution alternative fonctionnelle, elle a déjà apporté à des millions de personnes l’accès à une culture monétaire totalement absente des manuels scolaires. Bitcoin a le mérite de populariser le débat que Jean-Claude Trichet souhaitait : quel(s) système(s) monétaire(s) pour une finance durable, équitable et éthique ?

Compte rendu de la séance du 2 mars 2015
Programme de la séance du 2 mars 2015
Le système monétaire international face aux critères du développement durable

Cet article a été écrit par Sébastien Gouspillou, CEO de BigBlock Data Center (spécialiste du calcul blockchain) et membre du Cercle du Coin.

Avertissement : Cette chronique ne reflète pas nécessairement l’opinion de CryptonewsFR et ne constitue en aucun cas des conseils à l’investissement ni des consignes de trading.

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S. Gouspillou et JC Trichet pendant l’intervention de J de Larosière
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