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La blockchain, un sujet enseigné depuis 2010

Par Jean Langlois-Berthelot
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Photo: iStock/iLexx

En 2018-2019 il n’était pas rare de lire dans les médias français que telle ou telle Université ou Grande école française innovait en proposant le « premier cours » sur la Blockchain ou les cryptomonnaies. Il y a pourtant de nombreuses années que ces sujets sont enseignés dans les établissements d’enseignement supérieur français. Dans certains département d’informatique les étudiants qui étudient la cryptographie ont très souvent des enseignements abordant la Blockchain depuis au moins 2010. Cela fait 10 ans au moins que des recherches sont effectuées dans les laboratoires des universités sur ces sujets que ce soit en logique mathématique appliquée et en informatique.

La popularité du Bitcoin liée aux flambées spéculatives continues depuis 2016-2017 en a fait un sujet de société. Par extension les cryptomonnaies sont devenues un sujet à la mode depuis 2017. Il est devenu indispensable pour certains établissements d’avoir des cours sur ces sujets à proposer à leurs étudiants. Comme l’explique le mathématicien et informaticien Amaury Boisset : « La Blockchain est en réalité un vieux sujet, il est devenu très tendance d’en parler mais c’est amusant de voir la tête d’un expert lorsqu’on lui demande ce qu’est précisément une chaîne de bloc. Il y a une sorte de langage type appris par cœur par des profils de manager mais on se rend souvent compte que c’est du marketing… A côté de ça, la France compte des chercheurs de pointe dans ces sujets mais ce ne sont malheureusement pas eux qui sont invités par les médias. Je pense à des gens exceptionnels comme Vincent Danos par exemple. C’est étonnant la grande connaissance technique ne rend pas moins apte à la capacité de synthèse et de vulgarisation scientifique… ».

En 2017 il m’a été proposé par SciencesPo d’enseigner un cours en anglais pour les étudiants de SciencesPo et de doubles programmes de licences de SciencesPo avec des Universités d’Amérique du Nord (Berkeley, Columbia etc.) sur les nouvelles technologies financières. Je travaillais au Ministère des Armées et j’écrivais souvent sur ces sujets. J’avais eu à faire à la Blockchain et aux cryptomonnaies sur le Darkweb depuis 2013 à peu près lors d’un séjour en Inde où je m’amusais à faire du hacking avec des amis. J’avais été très impressionné d’ailleurs par la profondeur des connaissances techniques des informaticiens indiens que je côtoyais qui connaissait évidemment l’article de Sakamoto et s’amusaient à bidouiller dans les codes proposés pour le Bitcoin en tentant de proposer des améliorations ».

En France, SciencesPo a la réputation d’être un établissement d’élite mais aussi d’être très généraliste et de ne pas rendre l’approfondissement des sujets enseignés possibles. La priorité étant la culture générale et non la haute compétence technique. Il aurait probablement pu être possible de proposer un enseignement très général. Se concentrer également sur un aspect très précis semblait également possible, il aurait alors fallu se concentrer sur un mot-clef : Bitcoin, blockchain, monnaies parallèles etc. Le choix du contenu de cet enseignement a été très différent de ces deux options…

Depuis 2016 l’EHESS proposait un enseignement avec un jeune chercheur très brillant, Maël Rolland. J’avais eu pas mal de discussions avec lui et je suivais régulièrement son séminaire. Maël se positionnait clairement dans la socio-économie et il envisageait la blockchain et les crypto-actifs comme des phénomènes sociaux. En ce sens son séminaire est probablement le premier en France à avoir proposé un cours sur ces sujets techniques dans une perspective qui est celle des sciences sociales. Bien entendu il a pu essuyer des critiques par des experts techniques mais ces critiques sont dénuées de sens, Maël Rolland n’a jamais prétendu être un mathématicien ou un informaticien.

Lorsque j’ai commencé à écrire le syllabus du cours pour SciencesPo j’ai compris que je ne devais pas écrire un cours centré sur les enjeux socio-économique des Fintechs car ma valeur ajoutée vis à vis du séminaire de Maël serait assez mince. J’ai eu la chance d’échanger régulièrement avec des juristes spécialisés dans les crypto-actifs en 2016 et 2017 et durant un moment j’ai voulu proposer un cours centré essentiellement sur les enjeux juridiques de la blockchain et des crypto-actifs. Je me suis rendu compte que les étudiants seraient intéressés mais que c’était trop spécialisé. C’est un travail de longue haleine qui a finalement permis de proposer un cours qui propose d’apprendre des éléments à la fois techniques avec de l’informatique mais également financiers et juridiques. Le choix n’a pas été de rester en surface et de donner un panorama introductif de ce que sont les enjeux de la blockchain et des cryptomonnaies mais de proposer des connaissances extraites directement des expertises. Le cours s’appelle « Understanding the revolution on the move: new financial technologies ». L’idée a vraiment été de rendre disponible à des étudiants une compréhension des dernières recherches sur les nouvelles technologies financières. Evidemment il était impossible de traiter de tous les sujets, il a donc fallu se concentrer à chaque fois sur la problématique la plus importante: pour les questions techniques le propos s’est concentré sur l’anonymisation et le processus de consensus ; pour les questions financières la question a été celle de la transformation ou de l’hybridation du système bancaire habituel ; sur les enjeux juridiques on s’est concentré sur les questions de sécurité des données.

Lorsque le cours a été enseigné, à l’automne 2018, beaucoup de mes étudiants ont été d’abord surpris par le contenu du cours. Ils s’attendaient à un cours très généraliste et introductif. A l’époque HEC et Polytechnique proposait également pour l’automne 2018 un cours conjoint traitant de la blockchain et des crypto-actifs qui s’appelait « Blockchain and cryptoassets » et était effectué grâce à un partenariat avec la start-up Coinhouse. Ce cours était proposé pour des étudiants de Master : pour l’Ecole Polytechnique il s’agissait du Master Spécialisé DeepTech et pour HEC du Master Spécialisé Entreprenariat. Pour être tout à fait honnête j’ai eu accès au syllabus des 50h de cours de « Blockchain and cryptoassets ». Ce court est une excellente introduction aux enjeux de la Blockchain et des crypto-actifs. Le cours proposé à SciencesPo était donc assez différent. Je crois que cette originalité a plu puisque que plusieurs étudiants de l’ESSEC et de la Kedge Business sont venus assister à mon cours comme auditeurs libres dès qu’ils en ont entendu parler. La Blockchain et les crypto-actifs peuvent être abordés par des enseignements très différents, cette diversité est une richesse.

Comme l’explique un autre enseignant de SciencesPo et banquier londonien, Benedikt Barthelmess : « Le cours Understanding the revolution on the move sert aujourd’hui de référence pour plusieurs autres cours sur les nouvelles technologies financières en France mais également au Royaume-Uni, il a notamment été lu par des chercheurs de la London School of Economics-LSE ».

Ce texte est signé par Jean Langlois-Berthelot, professeur à Sciences Po et ne reflète pas nécessairement l'opinion de Cryptonews.

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