Le créateur de Tornado Cash écope de cinq ans de prison pour avoir “facilité le blanchiment d’argent”

Matthieu Dumas
| 2 min de lecture

escroquerie crypto-monnaie

Alexey Pertsev, l’un des cerveaux derrière Tornado Cash, a été reconnu coupable de blanchiment d’argent par un tribunal néerlandais. Ce développeur russe a été jugé pour avoir permis à des criminels de blanchir 1,2 milliard de dollars en crypto-monnaies volées. Retour sur une affaire qui secoue l’écosystème crypto. « La gestion de Tornado Cash a accueilli les braqueurs de banques à bras ouverts », ont écrit les procureurs dans un document de la cour.

Tornado Cash : un outil controversé


Tornado Cash est ce qu’on appelle un « crypto mixer » ou « tumbler ». L’objectif est de rendre anonymes les transactions effectuées en cryptos.

Le principe est simple : les fonds des nombreux utilisateurs sont mélangés, puis redistribués dans de nouveaux portefeuilles, rendant quasi impossible de tracer l’origine des transactions. Une aubaine pour ceux qui cherchent à préserver leur vie privée… mais aussi pour les criminels.

Pendant deux jours en mars, Pertsev a été jugé pour avoir « développé et maintenu un outil qui a facilité le blanchiment d’argent », notamment pour des hackers liés à la Corée du Nord.

Les procureurs ont été clairs : « La gestion de Tornado Cash a accueilli les braqueurs de banques à bras ouverts ». Et le verdict est tombé : cinq ans et quatre mois de prison.

La défense de Pertsev : un logiciel hors de contrôle ?


Pertsev s’est défendu en affirmant que Tornado Cash est un logiciel open source fonctionnant sur la blockchain Ethereum et qu’il n’a donc aucun contrôle sur la façon dont les utilisateurs l’exploitent.

Une défense qui n’a pas convaincu les juges. Les procureurs ont souligné que Pertsev et ses co-développeurs contrôlaient l’interface web par laquelle la majorité des transactions étaient effectuées, ce qui les rendait de facto responsables.

L’affaire Pertsev a provoqué des vagues de protestations parmi les défenseurs de la vie privée dans le secteur.

Pour eux, tenir un développeur de logiciel open source responsable des actions de ses utilisateurs crée un dangereux précédent. Ils craignent que cela ne décourage l’innovation et le développement de technologies préservant la confidentialité.

Une question de choix ?

Pour les procureurs néerlandais, l’affaire est simple : « Pertsev a fait des choix en écrivant le code, en le déployant, en ajoutant des fonctionnalités à l’écosystème. Choix après choix, tout en sachant que de l’argent criminel entrait dans son système. » Pour eux, il ne s’agit pas simplement de code, mais de comportement humain.

La suite des événements


En septembre, Roman Storm, co-créateur de Tornado Cash, sera jugé aux États-Unis pour des accusations similaires. Pour l’avocat de la justice américaine, il n’y a pas de doute :

 « Roman Storm et Roman Semenov [NDLR – un autre développeur de la plateforme] auraient dirigé Tornado Cash et facilité sciemment ce blanchiment d’argent. Tout en prétendant publiquement offrir un service de confidentialité techniquement sophistiqué, Storm et Semenov savaient en réalité qu’ils aidaient des hackers et des fraudeurs à dissimuler le fruit de leurs crimes. »

Sous le couvert de la confidentialité et de l’anonymat, Tornado Cash aurait donc été utilisé pour des activités criminelles à grande échelle.

La condamnation d’Alexey Pertsev soulève des questions sur les responsabilités et les risques associés à la création d’outils open source : les deux créateurs sont-ils coupables car ils ont créé l’outil ? Ou innocent puisqu’il est open source ?


Source : Site de la justice néerlandaise


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