Que retenir du film “L’énergie, face cachée de la monnaie” ?

Ecrit par Pierre Noizat, ce court-métrage explore avec pédagogie les relations complexes qui relient la monnaie à l’énergie. En partant d’un axiome simple : l’énergie est omniprésente ; il nous montre “la face cachée de la monnaie” et comment tous les échanges ayant lieu dans un système économique sont en fait des transferts d’énergie. Pour cela, il ajoute à l’étude macroéconomique classique un paramètre clef: la physique. En intégrant les lois de la thermodynamique à sa réflexion, Pierre Noizat parvient à jeter un jour nouveau sur les notions de monnaie, d’utilité et de création de valeur.

L’énergie, une variable omniprésente


Comme cela est bien rappelé dans le film, lorsqu’on parle d’énergie il est impossible de ne pas citer Lavoisier, et son principe de conservation de l’énergie selon lequel “rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme”. Très bien, direz vous, mais quel rapport avec la monnaie ? C’est ce que nous allons voir.

Pour commencer, reprenons l’exemple utilisé dans le film : une transaction à la boulangerie. Lorsque vous donnez une pièce de monnaie en échange d’une baguette, vous réalisez – sans vous en rendre compte – un transfert d’énergie. En effet, la baguette a nécessité du travail – l’énergie du boulanger – pour être confectionnée ; de votre côté, la pièce de monnaie avec laquelle vous payez est une fraction de votre salaire, or, votre salaire, c’est le prix auquel vous vendez votre travail, donc votre énergie ; ainsi, la pièce de monnaie est une réserve d’énergie conservée. Ce qu’il se passe, donc, lors de cette transaction à la boulangerie, est un transfert d’énergie ; l’énergie du boulanger, contenue dans la baguette, est échangée contre la vôtre, stockée dans une pièce de monnaie.

Ici, il est important de mentionner que l’énergie existe sous deux formes: les flux et les stocks. Ces notions sont cruciales puisqu’elles sont à la base de la définition de système monétaire proposée dans le film, qui est la suivante.

Un système monétaire, c’est un arrangement au sein d’un groupe de gens pour organiser leurs échanges, selon une logique de flux d’énergie dépensé (travail du boulanger) et de réserve d’énergie conservée (la pièce de monnaie).

La monnaie est donc de l’énergie. Elle peut se présenter sous forme de matière première rare, comme l’or, et dans ce cas sa valeur est liée à l’énergie qu’il a fallu dépenser pour miner cet or, le transporter, le fondre et le frapper ; ou bien sous la forme d’une information qui représente l’énergie, comme les monnaies fiat (euro, dollar, yen, etc.). Ce qui nous amène à la distinction suivante.

Monnaie-promesse VS monnaie-preuve


La monnaie étant de l’énergie, elle peut soit être déjà dépensée, comme c’est le cas pour l’or, soit impliquer une dépense future, comme c’est le cas pour l’euro. Ainsi, le prix d’un bien est la quantité de monnaie représentative de l’énergie de fabrication et de l’utilité de ce bien.  Ces deux types de monnaie, si on peut les appeler ainsi, diffèrent essentiellement dans la manière dont elles sont crées.

La monnaie-promesse, c’est de la monnaie dont la valeur tient dans la promesse d’une future dépense d’énergie. Plus trivialement, c’est le crédit bancaire. En effet, lorsque vous allez à la banque et sollicitez un prêt, cette dernière ne vous l’accorde qu’à condition que vous vous engagiez à travailler (donc à dépenser de l’énergie) pour la rembourser éventuellement. C’est votre dépense d’énergie sur les cinq, dix ou quinze prochaines années qui est ainsi monétisée.

La monnaie-preuve, elle, fonctionne inversement. C’est de la monnaie dont la valeur tient dans la l’énergie dépensée pour créer cette monnaie. Ainsi, nous l’avons vu, l’or nécessite du travail pour être extrait et transformé en pièces. On peut dire que la monnaie-preuve monétise la dépense d’énergie passée qui a été nécessaire à la création de cette monnaie.

Le Bitcoin est donc, par définition, une monnaie-preuve. On se rappellera que son système de consensus est intitulé “Proof of Work (PoW), ce qui est littéralement une preuve de travail. Le court-métrage se termine, d’ailleurs, en évoquant Bitcoin et son potentiel pour “assainir” notre système monétaire. Puisqu’elle est accessible à tous, cette monnaie-preuve de l’ère numérique, le Bitcoin, pourrait apporter une concurrence entre les monnaies pour les gens, ce qui nous changerait bien de la situation actuelle de monopole monétaire où la concurrence s’exerce entre les gens, pour la monnaie.


Sources: Communiqué de presse ; YouTube


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