Selon la BIS, les cryptomonnaies ont “accentué les risques financiers” dans les économies émergentes

Thomas Julia
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Dans un climat d’incertitude entourant les différentes législations sur les cryptos dans le monde, le rapport publié le 22 août par la BIS ( Bank of International Settlements ou BRI, Banque des règlements Internationaux en français) sur le sujet n’a certainement pas fini de faire parler. La banque des banques centrales a distribué les mauvais et bons points, même si ces derniers ne sont pas légions. Elle conclut en effet que les cryptos ont “accentué les risques financiers” dans les économies émergentes. Décryptage. 

Des autorités financières sceptiques 

“Risques pour la stabilité financière liés aux actifs cryptos dans les économies de marché émergentes” est un rapport rendu public hier par le Groupe consultatif des directeurs de la stabilité financière (CGDFS) de la Banque des règlements Internationaux. Il provient d’une étude menée conjointement par plusieurs banques centrales, notamment celles d’Argentine, du Brésil, du Canada, du Chili, de la Colombie, du Mexique, du Pérou et des États-Unis.

Ce rapport conclut que les cryptos “ont amplifié plutôt que réduit les risques financiers dans les économies moins développées”. Les monnaies numériques comme le bitcoin présentent « l’attrait illusoire » d’être une solution rapide aux défis financiers des marchés émergents.

Le rapport pointe notamment les fonds négociés en bourse (ETF) bitcoin comme l’un des risques de marché potentiels majeurs sur les marchés émergents, car ces produits sont capables de réduire les barrières à l’entrée pour les “investisseurs moins sophistiqués”, moins robustes, et d’augmenter leur exposition.

Pour illustrer ces risques, les auteurs du rapport ont imaginé la situation dans laquelle les investisseurs dans ces fonds « ne possèdent aucun actif crypto mais subissent toujours des pertes importantes lorsque le prix du bitcoin baisse ». De plus, l’étude souligne que les ETF basés sur des contrats à terme  peuvent augmenter la volatilité des prix et amplifier les risques s’ils détiennent une part importante du marché à terme”. Le rapport alerte sur les dangers des cryptos mais également, paradoxalement, sur les risques de l’approche prohibitive. 

Une interdiction contre productive et un feu vert donné aux CBDC

Le rapport distingue 3 formes de réglementation applicables aux cryptos: l’interdiction, la régulation et le compartimentage. En soulignant néanmoins que l’interdiction est une voie qui, à terme, peut s’avérer contre productive. Les décideurs politiquesperdraient toute vue sur ces marchés, les rendant encore moins transparents et prévisibles”. Une approche privilégiée par de nombreux pays, comme la Chine.  

De plus, tous “les gains potentiels d’innovation générés par les marchés des cryptos seraient perdus”. Le rapport note également que le contrôle des flux entre les systèmes financiers traditionnels et les actifs en crypto, ou compartimentage, se heurte aux mêmes obstacles qu’une interdiction, car “le contrôle des fonds pourrait ne pas être réalisable dans la pratique”.  La régulation est donc la seule voie viable selon l’étude. 

La BIS se montre en revanche dithyrambique concernant les CBDC, les monnaies numériques émises par les banques centrales. Le rapport note en effet qu’en “soutenant le futur système monétaire, les CBDC constitueraient la base sur laquelle d’autres innovations seraient construites”. 

Sources: Cointelegraph, Financial Times, Reuters