Anniversaire en cellule : le père des DEX souffle ses bougies derrière les barreaux

Matthieu Dumas
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Man-bitcoin-mystère

Il y a certains noms dans le monde de la crypto qu’on retient : Satoshi Nakamoto bien sûr, Vitalik Buterin, l’inventeur d’Ethereum ou encore CZ et SBF, les fondateurs de Binance et FTX. Mais aujourd’hui, nous avons décidé de parler de Ross Ulbirch. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais beaucoup l’estime à l’origine de la montée en puissance du prix du Bitcoin. Ross Ulbirch est l’inventeur de la première « marketplace » qui utilisait le Bitcoin comme monnaie principale : Silk Road, sur le darknet.

L’aube de Silk Road


Ross a créé, un peu sans le vouloir, le premier échange décentralisé au monde.

En 2011, un projet voit le jour dans l’ombre des forums informatiques spécialisés : Silk Road. Créé par Ross Ulbricht, alias « Dread Pirate Roberts », ce marché noir en ligne ambitionne de bouleverser les codes du commerce en utilisant le Bitcoin, alors très peu connue du grand public.

Silk Road se présente comme un eBay de l’ombre, où presque tout peut être acheté et vendu, à condition de payer en Bitcoin. Drogues, cigarettes, alcools, armes à feu, faux billets et bien plus encore…

NB : on a tous entendu parler de la légende de pouvoir « engager un tueur » sur la plateforme. Eh bien, bien des années plus tard, nous n’avons en vérité aucune preuve que cela était réellement le cas. Il y avait bien des annonces pour, mais la théorie la plus commune est que ces services étaient simplement des arnaques pour les « non-initiés » au dark web. Une arnaque basée sur une légende urbaine.

Cette plateforme devient rapidement le symbole d’une liberté d’échange absolue, protégée des regards indiscrets par des technologies de chiffrement avancées sur le darknet, grâce, entre autres, au navigateur Tor.

Ulbricht ne se contentait pas d’inaugurer un simple marché noir en ligne ; il lançait un véritable défi aux systèmes économiques et juridiques établis, armé d’une monnaie numérique « cryptographique » encore méconnue du grand public : le Bitcoin.

Ross Ulbricht, diplômé en physique et en ingénierie, était animé par une philosophie libertaire. Il voyait dans Silk Road une expérimentation sociale, un espace de liberté économique absolue où le marché, et non l’État, régulerait les échanges.

L’ascension fulgurante de Silk Road a mis en lumière l’attrait et le potentiel des cryptomonnaies. Bitcoin, jusqu’alors une curiosité technologique, s’est vu propulsé au rang de monnaie de choix pour les échanges en ligne anonymes.

Silk Road a non seulement démontré la viabilité économique du Bitcoin, mais a également stimulé l’intérêt pour les technologies blockchain, jetant les bases des développements futurs dans le domaine des cryptomonnaies.

Il est estimé que 9,5 millions de BTC ont transité sur Silk Road durant son existence jusqu’en 2013, et que les dirigeants de la plateforme ont, au total, dégagé 600 000 Bitcoins de commission.

Vous vous souvenez des BTC du gouvernement américain ? Elles viennent en partie de là.

Un procès hautement médiatisé


La chute de Silk Road commence en octobre 2013, lorsque Ross Ulbricht est arrêté par le FBI dans une bibliothèque publique de San Francisco. L’accusation est lourde : blanchiment d’argent, piratage informatique et trafic de drogues.

Une première : ces accusations ne portent pas seulement sur les produits en vente sur Silk Road, mais aussi sur l’utilisation « d’une monnaie cryptée », qui serait à l’origine du long délai d’arrestation de Ross.

Sans le savoir, Ross vient d’ouvrir le monde aux potentielles des cryptos : des transactions rapides et anonymes, sans besoin de tiers.

Le procès qui s’ensuit captive l’opinion publique et soulève de nombreuses questions sur la liberté d’Internet, la surveillance gouvernementale et l’avenir des cryptomonnaies.

« C’est un cas qui est à la croisée des chemins de la technologie et du droit », déclare l’un des procureurs lors du procès.

D’un côté, la défense tente de présenter Ulbricht comme un pionnier de l’internet, un entrepreneur qui a simplement mis en place une plateforme libre d’échange, sans intention directe de faciliter le commerce illicite.

De l’autre, le gouvernement insiste sur la responsabilité d’Ulbricht dans la création et la gestion d’un marché noir en ligne, soulignant l’étendue et la nature des transactions réalisées sur Silk Road.

Ross Ulbricht est finalement condamné à une double peine à perpétuité (oui oui, double) sans possibilité de libération conditionnelle, ni de libération pour bonne conduite. La justice fait de Ross un exemple.

Une sentence qui choque une partie de la communauté par sa sévérité. Beaucoup comparent (à titre d’exemple) le traitement injuste de Ross contre celui d’El Chapo :

Ross est donc derrière les barreaux depuis ses 29 ans, il fête aujourd’hui ses 40 ans en prison.

Le procès d’Ulbricht est devenu emblématique de la lutte entre la liberté d’innovation sur internet et la nécessité de réguler les activités illicites en ligne. Il a mis en lumière les défis juridiques posés par les technologies émergentes, et a initié un débat public sur l’équilibre entre sécurité, vie privée, et liberté sur internet.

Un héritage ambigu


Eh oui, car il faut l’admettre, malgré les controverses et les débats éthiques qu’il suscite, Silk Road marque l’histoire des cryptomonnaies. Silk Road a été la première plateforme à utiliser le Bitcoin non pas comme une curiosité technologique ou un actif spéculatif, mais bien comme une monnaie d’échange, réelle et fonctionnelle.

En faisant du Bitcoin la monnaie de choix pour les transactions du site, Ulbricht a non seulement validé le concept de Satoshi Nakamoto, mais a également ouvert la voie à l’adoption plus large des cryptomonnaies.

Bien avant l’émergence des plateformes d’échange décentralisées (DEX), Silk Road avait démontré le potentiel de Bitcoin comme moyen de transaction anonyme et sécurisé.

Même si l’objectif initial d’Ulbricht n’était pas de créer un DEX au sens moderne du terme, sa plateforme est devenue le premier lieu au monde où des échanges décentralisés de tout type étaient réalisés exclusivement en Bitcoin.

Silk Road a illustré l’un des principaux avantages des DEX : la capacité à effectuer des échanges sans intermédiaires, offrant ainsi une plus grande liberté et sécurité aux utilisateurs

Le cas d’Ulbricht reste une référence dans les discussions sur les droits numériques et la manière dont nos sociétés choisissent de réguler les nouvelles technologies.

Cette expérience, bien que terminée de manière tragique pour son créateur, a ouvert la voie à une réflexion plus large sur les possibilités et les limites des cryptomonnaies.

Mais c’est Silk Road…

Car oui, il faut l’admettre, même si Silk Road a fait du bien à la crypto, il lui a aussi fait beaucoup de mal… l’association de Silk Road avec des activités illégales a également jeté une ombre sur l’image des cryptomonnaies, en particulier dans les premières années de leur existence.

Les critiques, encore aujourd’hui, utilisent Silk Road comme argument pour dépeindre le Bitcoin et d’autres cryptomonnaies comme des outils favorisant le blanchiment d’argent, le trafic de drogues, et d’autres activités illicites.

L’héritage de Silk Road est donc complexe et multifacette. Si la plateforme a indéniablement joué un rôle clé dans l’histoire des cryptomonnaies, en démontrant leur potentiel pour révolutionner les échanges financiers, elle a aussi soulevé des questions cruciales sur les aspects éthiques, légaux et sociaux liés à l’utilisation de ces technologies.

Quoi qu’il en soit, Ulbricht avec Silk Road, restera dans les annales de la crypto et d’internet. Alors, bon anniversaire Ross ?


Sources : Korii, X, Wired


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