Info ou Intox : “Les banques centrales ne s’intéressent pas aux données personnelles”

Thomas Julia
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Alors que de plus en plus de pays se tournent vers les CBDC, il semble que le thème des monnaies numériques émises par les banques centrales se soit invité dans le débat public, notamment en Europe et aux Etats-Unis. Un débat initié surtout par ses opposants, qui pointent des problèmes liés aux données personnelles et l’augmentation des risques de panique bancaire. La Banque des règlements internationaux (BRI), qui a récemment appelé les pays à se préparer aux CBDC est monté au créneau et assuré que les risques de panique ne seront pas accrus et que les banques centrales ne s’intéressent pas aux données personnelles.

La BRI continue d’appuyer le développement des CBDC


C’est par la voix de Cecilia Skingsley, sa responsable du pôle innovation, que la BRI a tenté d’apaiser les craintes mardi 28 novembre, à la conférence CBDC de l’Atlantic Council à Washington. Elle a notamment exhorté le public à “rester ouvert à l’innovation technologique”. C’est que, pour rappel, la BRI s’est clairement positionnée comme promoteur des CBDC. La banque internationale a en effet récemment appelé les gouvernements du monde entier à poursuivre leurs travaux sur les CBDC “afin de préparer l’avenir des paiements”.

Cecilia Skingsley a également évoqué le sujet des données personnelles, qui a récemment causé une levée de boucliers en Europe et aux Etats-Unis. Pour elle, les récentes tribunes alertant sur le sujet pointent des problèmes qui n’existent pas. “Les banques centrales n’ont aucun intérêt commercial dans les données personnelles, contrairement au secteur privé”, a-t-elle déclaré.

Les données personnelles et la finance centralisée


Si les opposants alertent tous sur l’explosion gigantesque du volume de données générées par les transactions quotidiennes, ils pointent également le fait que toutes ces données puissent se retrouver dans les mains d’une seule institution. Aux USA, c’est le groupe de réflexion libertarien et néoconservateur Cato Institute qui s’est emparé du sujet en premier. Pour lui, c’est simple, le gouvernement ne devrait posséder aucune donnée bancaire sur un citoyen. Ils sont donc effrayés par l’idée même de monnaie numérique émise par une banque centrale. Leur pression a amené le représentant republicain Tom Emmer à déposer en septembre ce le CBDC Anti-Surveillance State Act, un projet de loi visant à interdire les USA d’adopter une CBDC.

En Europe, la crainte serait plutôt qu’un tel amas de données tombe entre de mauvaises mains. Le mois dernier, les chercheurs Andrea Baronchelli, Hanna Halaburda et Alexander Teytelboym ont publié une tribune dans Le Monde alertant de l’usage possible que les Etats pourraient faire de ces données et déplorant le peu de débat public sur le sujet.

La peur de la panique bancaire, l’autre grand sujet


D’autres critiques pointent le risque que les CBDC de détail ne provoquent des paniques bancaires. Si par exemple trop de personnes retirent leur argent en même temps, cela pourrait exercer une pression sur la liquidité des banques. Cecilia Skingsley répond qu’avec des dispositions telles que des outils de gestion de crise à action rapide et des limites sur les retraits de fonds, les CBDC n’augmenteront pas nécessairement le risque de panique bancaire. Des dispositions qui, pour rappel, ont été intégrées à de nombreux projets de CBDC.

Le débat ne semble en tout cas pas prêt d’être clos.


Sources: Coindesk, Cointelegraph, Le Monde 


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